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Le Monde du 13/07/17 - L’OBLIGATION DE VACCINATION RISQUE D’ETRE CONTRE PRODUCTIVE

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Opinions scientifiques

Le Monde du 13/07/17 - L’OBLIGATION DE VACCINATION RISQUE D’ETRE CONTRE PRODUCTIVE

La tribune du Monde publiée dans l'édition du 13/07

Créé le jeudi 20 juillet 2017

 

Dans une tribune au « Monde », le Collège national des généralistes enseignants estime que l’obligation risque de renforcer la défiance de la population et de soumettre les médecins, et les directeurs d’école, à la pression de parents qui y sont opposés.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/07/13/l-obligation-de-vaccination-risque-d-etre-contre-productive_5159826_3232.html#IUliVqXxmObKO5yd.99

 

L’OBLIGATION DE VACCINATION RISQUE D’ETRE CONTRE PRODUCTIVE

Dans son discours de politique générale, Monsieur le premier ministre a annoncé son intention de rendre obligatoire onze vaccins pour la petite enfance, suivant ainsi les propositions de Madame la ministre de la santé. Cette annonce fait suite au constat de l’insuffisance de la couverture vaccinale pour certaines maladies et à la survenue dans ce contexte d’un petit nombre de décès évitables, d’autant plus choquants qu’ils concernaient de jeunes enfants.

Les universitaires de médecine générale ont pris position contre l’obligation vaccinale car le conseil scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE) estime qu’il s’agit d’une mauvaise stratégie qui ne réglera pas le problème de l’insuffisance de couverture vaccinale. L’obligation risque même d’être contreproductive, et de renforcer la défiance d’une partie de la population.

Une des préoccupations légitimes des autorités de santé est de rétablir la confiance de la population dans la protection vaccinale. Cette confiance a été mise à mal en diverses occasions, par la campagne vaccinale contre la grippe H1N1 inutilement alarmiste, suivie d’un abandon de la promotion de la vaccination, par la propagande fallacieuse entretenue par certains mouvements sectaires anti vaccinaux, ou encore par les liens d’intérêt entre certains promoteurs de la vaccination et les industriels du secteur.

Il est incongru de prétendre rétablir la confiance par l’obligation à l’aide d’une forme d’injonction envers les patients. Cette obligation s’inscrit en opposition avec l’évolution de la place du patient dans la gouvernance de sa propre santé et avec la promotion du principe d’autonomie inscrit dans la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des patients. Le code de déontologie et la Haute Autorité de santé avaient également souligné la nécessaire évolution vers une décision médicale partagée.

La transgression de ces principes pourrait se justifier par l’existence d’une crise sanitaire ou d’une alerte épidémiologique importante … qui n’existent pas. L’épidémie de rougeole, citée en exemple par Monsieur le premier ministre, a été à l’origine ces dix dernières années, en moyenne, d’un cas de décès par an en France. De plus, la majorité des victimes étaient des enfants souffrant déjà d’un déficit immunitaire contre indiquant de fait cette vaccination.

Pourquoi la vaccination justifierait-elle alors une obligation d’exception ? D’autres exemples sanitaires pourtant bien plus graves n’entraînent pourtant pas à juste raison une telle posture autoritaire.

En France, on estime à plus de 25 000 le nombre de personnes qui ne savent pas qu’elles sont atteintes par le virus du SIDA, et qui sont donc potentiellement contaminantes.  Le tabac provoque près de 80 000 morts par an avec des conséquences très délétères pour l’entourage des fumeurs y compris les jeunes enfants. La tutelle est-elle prête aujourd’hui à mettre en place de manière autoritaire le dépistage obligatoire du VIH pour toute la population, voire une injonction de soins? La tutelle s’apprête-t-elle à imposer l’arrêt définitif et autoritaire de la consommation de tabac ?

Personne ne songe à instaurer de telles mesures tellement elles seraient synonymes de la fin du libre arbitre des citoyens et d’une dérive répressive de la santé publique.

De plus, les effets pervers et contre-productifs de telles initiatives sont bien connus.

En 1994, l’expérience de la campagne vaccinale systématique des adolescents contre l’hépatite B nous renseigne sur ce qu’induit le sentiment d’obligation ; la campagne de vaccination scolaire a été arrêtée à la suite d’une longue polémique, et une méfiance durable s’est installée contre ce vaccin accusé à tort d’une pléiade d’effets indésirables graves. Cet épisode a de fait compromis pour de nombreuses années une couverture vaccinale efficace, et a nourri la vitalité des mouvements sectaires anti vaccination. Une nouvelle obligation vaccinale élargie sera accusée de provoquer une pléiade d’effets indésirables qui encombreront les tribunaux. Dans ce type de situation, la justice condamne l’état nonobstant l’absence d’imputabilité scientifique, induisant encore plus de confusion pour le grand public.

En France, nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un réseau de surveillance efficace, un tissu sanitaire où la confiance des patients envers leurs médecins traitants est grande, et où ces derniers sont ultra majoritairement attachés aux vaccinations recommandées et au respect du calendrier vaccinal.

L’obligation ou l’injonction ruine par avance la crédibilité de toute large campagne d’information du grand public sur l’intérêt d’une meilleure couverture vaccinale. Pourtant, en 2012, une telle campagne sur le bon usage des antibiotiques, associée à une formation des professionnels de grande ampleur, avait montré qu’elle induisait un changement de comportement.

Aucun élément scientifique ne plaide en faveur d’une efficacité de l’obligation, certains pays européens comparables ont des taux de couverture vaccinale équivalents ou supérieurs aux nôtres sans aucune obligation.

Aujourd’hui, l’annonce de cette obligation génère déjà une réaction de mouvements anti vaccination qui s’en saisissent pour mieux donner de l’importance à des croisades idéologiques délétères.

Demain, les professionnels de premier recours et les directeurs d’établissement scolaires seront soumis à la pression de parents ayant décidé de ne pas vacciner leurs enfants. Demain, des enfants risquent de sortir du système scolaire habituel pour échapper à l’obligation vaccinale.

La santé des enfants mérite mieux que l’affrontement entre une vision autoritariste de la santé et les thèse complotistes anti vaccinales qui profitent ainsi de publicité. La santé de chacun mérite une vision moderne où l’information délivrée par des professionnels, appuyée sur une évaluation scientifique indépendante des bénéfices et risques comparés des vaccins, permet de convaincre l’immense majorité des citoyens du bienfondé d’une politique vaccinale cohérente.

Pour le conseil scientifique du CNGE, le Dr Olivier SAINT-LARY (médecin généraliste, Maître de Conférences, Université Versaille Saint Quentin) et le Dr Vincent RENARD (médecin généraliste, professeur des universités, Faculté Paris Est Créteil).

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec le thème de cette tribune